Un peu de solidarité trans !

Qu’est ce que nous autres, mecs trans, avons à faire dans les milieux féministes/lesbiens ?

Quand j’ai lu cet article, ma première réaction a été « mais de toute façon je les mets au défi de pas m’inclure aux milieux fem/lesbiens : j’y suis déjà ». Et en fait, c’est ça qu’il faut avoir en tête aussi : masse de mecs trans/enbys sont des ex-gouines ou gouin-es, issu-es de ces milieux là, continue à dater là même post transition médicale, ont grave d’affinités politiques et de logiques communes en terme d’oppression à y être. Nous tej, c’est vraiment nier la réalité d’une commu’ qui existe déjà, de sociabilités qui existent et de convergences politiques réelles.

Donc, il n’est pas en réalité question de ne pas nous inclure, mais bien de nous coller dehors. Et ça, c’est moche. La non mixité c’est un outil, qui se pense, qui s’adapte à chaque cas. Sur ce festoche, j’ai clairement l’impression d’une prise de position déontologique du « women’s first », au détriment des mecs trans et des NBs, qui seront présent.es quand même parce que ça les intéressent, parce qu’iels seront pas triables en terme de passing et juste grave invalidé.es par la dénomination du festival. C’est quoi l’intérêt à virer les transmacs ? On représente quelle menace ? On empêche quelle parole de se libérer ?

Si tu te mets en non-mixité, c’est que tu cherches à t’émanciper d’une certaine domination imposée dans la société, à t’épargner des comportements oppressifs et à te protéger de certaines agressions. Quelle oppression perpétue les mecs trans et les NBs sur les meufs trans, et encore pire sur des meufs cis (même lesbiennes) ? Ce choix de non-mixité, elle vient clairement légitimer l’idée que les mecs trans, ça reste des mecs et donc des oppresseurs, et ça sent ce vieux relent féministe deuxième vague du « t’façon les mecs trans c’est des meufs qui transitionnent pour échapper au sexisme et devenir des privilégiées » et coucou c’est de la merde transphobe.

Eliot

 

Ce texte a initialement été écrit par Louise Lavieille, sur aldarone.fr 


Aujourd’hui je vais te parler d’un truc qu’on voit clairement pas assez. Ça s’appelle la solidarité trans. J’ai envie de t’en parler parce qu’une fois de plus j’ai vu un mec trans faire l’avocat du fait que ce serait shitty de faire une place aux mecs trans dans le féminisme.

Il parait que faire une place aux mecs trans dans le féminisme c’est oublier que les mecs trans sont des mecs. Il parait que c’est oublier que les mecs trans toxiques seraient pires que beaucoup de mecs cis. Il parait que c’est de la transphobie bienveillante.Alors d’abord je vais t’énoncer un truc : Le féminisme cis est transphobe. Le féminisme cis essentialise la masculinité et considère qu’elle laisse une trace indélébile sur toute les personnes qu’elle touche. Cette trace, je la soupçonne d’être une trace de testo.

Le féminisme cis

La transphobie du féminisme cis on la connait bien quand on est une meuf trans lesbienne. Les meufs cis se crispent sur notre passage, elles font tout leur possible pour nous refuser l’accès aux lieux non-mixtes en prétendant protéger les victimes d’agressions sexuelles, elles hésitent pas à nous qualifier de « prédateurs » sexuelles pour ça.

Et elles invoquent ici la présence d’organes génitaux indésirables, là notre prétendue socialisation masculine. Mais la manière dont elles traitent les mecs trans prouve que c’est pas ça qui compte pour elles.

Contrairement aux meufs trans qui sont mises dans le même sac (à l’exception peut-être de quelques tokens hétéro dociles), les assignés meufs sont divisés en deux catégories grossières :

  • Le mec en début de transition avec un passing aléatoire, il a pas encore trop de poils, il a pas encore mué, il a l’air pipou et inoffensif.
  • Le mec toxique qui ouvre sa gueule et qui est presque pire que beaucoup de mecs cis. Il a bien pris sa testo, ça se voit. Il a les traits plus marqués, il a mué, il a plus (trop) peur dans la rue.

Là tu devrais commencer à cerner le problème. Les mecs qui sont dans la deuxième catégorie c’est comme les meufs trans. Des vrais mecs qui prennent trop de place. Parce qu’ils ont la testo.

La testo qui infuse les gens avec son pouvoir de masculinisation et qui les transforme en prédateurs sexuels prêts à tout.

Ben laisse moi te dire que c’est de la merde en barre.

Ça devrait être évident pour tout le monde que personne se balade avec les résultats de sa dernière prise de sang hormonale. Et donc que personne sait quel est le taux d’hormone du ou de la trans en face de soi.

Parce que toute cette saloperie c’est une question de passing.

La testo c’est le passing

Le passing c’est cette notion qui va déterminer si une meuf trans est assez meuf. Ou si un mec trans est trop mec. Ouais t’as vu ça marche à l’envers selon si t’es une meuf ou un mec.

Faire la police du passing, c’est complètement zapper toute prise en compte de transidentité pour appliquer des critères cis sur des individus pour compliquer ou empêcher leur transition.

Concrètement, il s’agit de foutre la barre du passing à une hauteur inimaginable pour les meufs trans pour que chaque attitude, manière d’être, de se vetir, de se maquiller, de s’exprimer puisse etre une occasion de les renvoyer à leur genre de naissance et invalider nos transitions.

Tu parles trop fort ou avec une voix trop grave ? C’est la testo, au fond t’es un mec.

T’as la mâchoire carrée ? C’est la testo, au fond t’est un mec.

Tu parles de cul ? C’est la testo, au fond t’es un prédateur.

Par contre, au contraire, il s’agit de foutre la barre du passing hyper bas pour les mecs trans pour que chaque attitude, manière d’être, de se vêtir, de se maquiller, de s’exprimer puisse être une occasion de les accuser d’avoir une masculinité toxique.

Tu parles pas assez doucement, tu t’énerves ? C’est la testo, t’es un vrai mec.

T’as de la barbe ? C’est la testo, t’es un vrai mec.

Tu prends « trop » de place ? C’est la testo, t’es un vrai mec.

Et tant pis si tu deviens fou parce que tu voulais quitter un monde d’injonctions sexistes et au final on te flique quand même au moins autant. Et tant pis si tu subis la violence médicale et administrative en plus de ça. Non. Déso, t’es un mec.

Et on soutient pas les mecs.

L’essentialisation de la masculinité est une transphobie

Le but bien sur, c’est de nous empêcher de transitionner et de nous exclure quand on le fait. Si on se plie au jeu du passing, on a toutes les chances de se cramer complètement tellement les attentes du cistème sont intenables.

Ça dit aux meufs trans qu’elles auront beau essayer, elles y arriveront de toute façon jamais. Ou alors à quel prix ?

Mais dans le cas dont il est question ici, ça dit surtout aux assignés meufs, qui subissent le sexisme, la violence physique et morale, que si ils ont le malheur de trahir ils pourront bien crever la gueule ouverte on les aidera pas. Parce qu’on oubliera pas « que ce sont des mecs »

Il faut qu’ils aient peur de transitionner. Il faut qu’ils réaffirment constamment qu’ils ne sont pas solidaires avec les mecs cis. À la limite ils peuvent se montrer rassurant en rappelant constamment qu’ils ne sont pas vraiment des mecs.

Cette focalisation sur l’individualité du passing et sur l’identité personnelle de chacun permet d’évacuer la question de l’oppression et du pouvoir politique sans même y penser.

Les trans n’ont pas de privilège de genre

Répéter que les meufs trans sont des meufs comme les autres et que les mecs trans sont des mecs comme les autres c’est à peu près aussi transphobe que de dire que les meufs trans sont des mecs et que les mecs trans sont des meufs.

Les meufs trans sont pas des meufs cis. Les mecs trans sont pas des mecs cis. Et on le sera jamais et on a même intérêt à ne même pas essayer d’en devenir. On est intrinsèquement inscrit⋅es dans la transgression. Que ce soit parce que notre transition est visible comme le nez au milieux de la figure et que ce sera jamais assez bien pour les cis, ou que ce soit parce qu’on vit dans la peur constante d’être découvert⋅es et identifié⋅es comme trans parce que c’est jamais assez bien pour les cis.

Les meufs trans sont des meufs trans. On se bouffe du sexisme et de la transphobie. Les mecs trans sont des mecs trans ils se bouffent ou se sont bouffés du sexisme et se bouffent encore de la transphobie.

Les mecs trans n’ont aucun pouvoir politique. Ils sont invisibles dans les médias et inexistants dans les sphères dirigeantes. Même au sein du féminisme ils sont scrutés comme les autres trans. Et comme les autres trans ils sont plus exposés aux agressions et au suicide.

Le patriarcat c’est pas un truc avec les mecs aux dessus qui exploitent les meufs en dessous. Le patriarcat c’est un truc avec les mecs cis qui exploitent les non-mecs cis et il est complètement illusoire de s’imaginer que les mecs cis seront prêt à pactiser avec les mecs trans pour maintenir la domination cismasculine.

La solution à tout ça, c’est d’arrêter de se fliquer.

Mort aux flics dans nos têtes

ACAB (All Cops Are Bastards, Tous les flics sont des salauds), ça vaut pas que pour les connards en uniforme qui assassinent à tour de bras impunément dans la rue. ACAB ça vaut aussi pour le cis qu’on a dans la tête.

Celui qui nous murmure en permanence que là on a l’air d’un bonhomme. Qu’on est pas assez une meuf. Qu’on est trop un mec.

Celui aussi qui nous murmure que machin quand même, il l’a vachement ouvert l’autre jour. Et puis machine qui fait aucun effort sur sa voix qui couvre tout dès qu’elle l’ouvre.

Celui qui nous fait penser que les mecs trans ils sont plus toxiques que beaucoup de mecs cis. Sauf ceux qui sont pipous. Mais attention à ceux qui sont pipous, ils ont intéret à le rester.

Sans flics, on vivra mieux.

Pour une solidarité trans

Sans flics, on transitionnera mieux.

Au lieu de se mettre des buts inatteignables entre meufs trans, on ferait mieux de se foutre la barre au minimum. Pour qu’aucune meuf trans n’ait à dépasser la peur viscérale de prendre une place qui n’est pas la sienne. Franchement, si tu penses que t’es une meuf, c’est probablement que t’en es une. On s’en fout de ton passing, on s’en fout que tu puisses pas être out au boulot ou en famille. La seule étape, c’est d’admettre que tu veux pas de tes privilèges cismasculins et que tu t’épanouirais vachement plus si t’étais une meuf.

Et au lieu de jeter nos camardes sur le bucher des mecs cis dès qu’ils haussent un peu la voix, on devrait les rassurer. Leur dire qu’on les laissera pas tomber quand ils se prendront de la merde parce qu’ils sont autant victimes du patriarcat que les autres non-mecs cis. Et qu’ils ont pas besoin d’avoir peur de nous et de nous rassurer en permanence non non je suis pas comme les mecs cis, non non je suis gentil, non non je comprends regarde je suis pipou les mecs ils sont pas pipous moi je suis même pas tant un mec que ça d’ailleurs.

On niquera pas le genre si on laisse ses injonctions nous bouffer.

Crédits

Merci aux camarades pour la relecture.

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